Revue des marchés financiers – Janvier 2022

par | Jan 13, 2022

COMMENTAIRES :

Les places boursières mondiales ont terminé l’année 2021 en lion.  La bourse américaine a réalisé une performance de 4,5% en décembre, portant le rendement de l’année à près de 29%.  Au Canada, l’indice S&P/TSX a été presque aussi étincelant avec un rendement de 3,5% pour le mois et de 25% pour l’année entière. Après s’être inquiétés quelques jours du variant Omicron, les investisseurs ont repris leurs habitudes d’acheter suite aux baisses de marché. Même la FED, avec son ton plus restrictif, n’a pas fait fléchir la confiance des investisseurs en décembre.

 

Avec la hausse fulgurante des cas de COVID, les restrictions et les fermetures reprennent de plus belle.  Pour la quasi-totalité des entreprises, ceci est une très mauvaise nouvelle. Si cette 5e vague perdure, il est difficile d’imaginer que cela n’aura aucun impact sur leurs profits et sur leurs rendements en bourse.

Près de 2 ans après le début de la pandémie, la pression sur la capacité de production et les goulots d’étranglement commencent à diminuer.

Cela fait diminuer, par ricochet, la pression sur les prix des intrants.

À son tour, la baisse du prix des intrants à la production devrait entrainer une baisse du taux d’inflation.

Malheureusement, l’inflation agit comme un frein ou une taxe sur l’économie, mais avec un délai de 12 à 24 mois. Avant de pouvoir bénéficier de cette baisse, nous devrons subir les effets des hausses passées du début de la pandémie.  Le ralentissement devrait se ressentir à partir du deuxième trimestre et se poursuivre pour le reste de 2022.

Malgré la forte reprise postpandémie et la hausse de l’inflation, les autorités monétaires des pays développés se sont abstenues de relever leurs taux directeurs.  Ils n’ont maintenant plus le choix de le faire. Les obligations à échéance 2 ans, très sensibles à la politique monétaire, sont sous forte pression depuis le dernier trimestre de 2021.

Autant la Banque du Canada que la Réserve Fédérale devraient débuter leurs cycles de hausse de taux dès le premier trimestre de cette année.

Pas moins de 5 hausses (+0,25%) de taux sont actuellement prévues en 2022 par les intervenants financiers.  Cela amènerait le taux directeur de la Banque du Canada à 1,50% à la fin décembre. Aux États-Unis, le taux directeur implicite est de 1% pour décembre.  Une politique monétaire plus restrictive engendre généralement une appréciation de la devise.  Par conséquent, la tendance devrait être favorable pour le Dollar canadien.

Au niveau boursier, la croissance des bénéfices a été fulgurante en 2021 sur les différentes places boursières mondiales.  Cette croissance explique presque 100% du rendement de 2021.  La baisse du multiple (PE ou cours/bénéfices) a contribué négativement au rendement de l’année.

Alors, d’où viendra le rendement en bourse en 2022 ?

Avec un ralentissement normal prévu en plus de l’effet Omicron, la croissance prévue se situe entre 5 et 7%. Pour ce qui est du multiple, il se contracte généralement en période de hausse de taux et est déjà élevé par rapport à l’historique.  Alors l’impact devrait être négatif de ce côté.  Il reste le dividende.  Les attentes de rendements aux É-U devraient donc être assez modestes après trois années exceptionnelles.

Les marchés boursiers à l’extérieur des États-Unis demeurent plus raisonnables en matière d’évaluation.

THÈME DU MOIS: L’INDICE BOURSIER AMÉRICAIN S&P 500

Un des indices boursiers les plus suivis dans le monde est certainement l’indice Standard & Poor’s 500 regroupant les plus grandes sociétés publiques américaines.

Comment est-il composé ?

Il est fortement pondéré en titre de croissance (entreprise dont la croissance est supérieure à la moyenne et qui se transige à multiple élevé) des technologies de l’information et de la consommation discrétionnaire.

Cela explique en partie pourquoi le marché boursier américain se transige à un multiple plus élevé qu’ailleurs dans le monde.  À titre d’exemple, au Canada, les plus gros secteurs sont ceux de la finance et de l’énergie, deux secteurs typiquement valeur (entreprise mature qui se transige à un multiple faible).

Le marché américain est actuellement concentré avec une pondération de 38% pour les 5 plus gros titres, du jamais vu.  Cela rend cet indice beaucoup plus vulnérable à un titre spécifique et va également à l’encontre même de la saine diversification. D’autant plus qu’ils sont tous des titres de croissance.

Croissance vs valeur

En comparant le multiples Cours/bénéfices (PE ratio) des sous-indices croissance et valeur, on remarque que l’indice valeur se transige à un niveau comparable à son historique alors que l’indice croissance atteint des sommets de la bulle technologique de 2000.

De par leur nature, les titres de croissance se transigent toujours à prime par rapport aux titres valeurs.  Néanmoins, sur une base relative, la prime actuelle est particulièrement élevée.  La valeur intrinsèque d’un titre de croissance est plus sensible aux variations des taux d’intérêt sans risque, car une plus grande partie de sa valeur provient de l’actualisation de flux monétaires plus lointains. La baisse généralisée des taux d’intérêt a été très favorable aux titres de croissance, mais les hausses de taux prévues devraient être un obstacle important.

Petites capitalisations vs grandes capitalisations

En comparant le multiples Cours/bénéfices (PE ratio) des sous-indices Petites  capitalisations (en vert) et Grandes capitalisations (en rouge), on remarque que l’indice Petites capitalisations se transige à un niveau comparable à son historique alors que l’indice Grandes capitalisations / croissance atteint des sommets des années 2000.

Actuellement, sur une base relative, l’écart de multiple entre ces différentes capitalisations est particulièrement élevé.

Évaluation de Morningstar

Morningstar publie trimestriellement son évaluation des différents styles comparativement à leur valeur intrinsèque. Les quadrants les plus dispendieux sont les grandes capitalisations de croissance alors que ceux qui sont les plus abordables sont ceux des petites capitalisations valeurs.

En résumé, l’indice S&P 500 a rarement été, dans son histoire récente, aussi hétérogène en terme de composition et de caractéristiques.

CONCLUSION :

La 5e vague de la COVID (Omicron) demeurera centrale sur les marchés financiers au 1er trimestre. Les banques centrales des pays développés devraient débuter leur cycle de hausses de taux d’ici 1 à 2 mois.  Par conséquent, la volatilité sur les marchés financiers devrait être au rendez-vous.

Frédéric Mercier CFA, SIPC

Directeur – Marchés financiers

 

 

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