Revue des marchés financiers – Mai 2026

par | Juin 5, 2026

REVUE DES MARCHÉS FINANCIERS :

Encore un fort mois sur les marchés financiers.  Alors que les négociations pour mettre fin à la guerre au Moyen-Orient progressent et que le pétrole recule, les bourses mondiales ont poursuivi leurs forts élans en mai.

Le marché américain a progressé de 5,3% pendant le mois. Les titres technologiques ont été les plus gros contributeurs avec une performance de 16%.  Les entreprises de semi-conducteurs, les nouveaux chouchous en bourse, ont progressé de plus de 25% et ont pratiquement doublé depuis… 2 mois. L’indice S&P/TSX a généré un rendement de 2,5%, avec une forte performance des matériaux de base.  Avec leurs proportions supérieures à 25% en semiconducteurs, les marchés émergents ont connu une impressionnante performance de 9,7%.

La forte baisse du pétrole a eu effet de calmer les craintes sur l’inflation.  Les taux d’intérêt ont encore été très volatils au cours du mois, mais ils terminent en baisse notable.  En effet, les échéances 2 et 10 ans ont terminé le mois en baisse, avec des variations respectives de -0,18% et -0,13%.

En conséquence, la performance de l’indice obligataire canadien a été fortement positive, soit 1,32% en mai.

PERSPECTIVES :

Économie :

Le conflit en Iran entame son 4e mois et, bien que les négociations semblent avancer, les impacts sur l’économie mondiale sont difficiles à évaluer avec précision.  Rappelons que le détroit d’Ormuz n’est pas seulement utilisé par le secteur de l’énergie.  Des composantes essentielles aux secteurs de l’agriculture, des semiconducteurs et même des soins de santé transitent par ce détroit.  

Nous continuons de suivre les indices PMI à travers le monde.  Or, l’indice PMI manufacturier mondial s’est maintenu à 52,6 en mai, ce qui est une bonne nouvelle.

Indice PMI manufacturier mondial S&P Global:

L’agent conversationnel d’intelligence artificielle ChatGPT a été lancé le 30 novembre 2022.  Plusieurs autres modèles ont été lancés comme Claude de la firme Anthropic. 

Commence-t-on à voir leur impact sur la productivité des secteurs et de l’économie? En regardant les revenus (ajustés pour l’inflation) par employés des grandes entreprises (S&P 500), on constate qu’il y a eu une forte progression depuis 2024.  Nous sommes à un sommet depuis plus de 20 ans.   Il y a certainement d’autres facteurs qui entrent en jeu, mais l’impact de l’intelligence artificielle est tout de même important.

Revenus réels par employés des grandes entreprises (S&P 500) (États-Unis) :

Dans la précédente lettre, nous traitions du concept d’économie en « K », où une partie de la population s’enrichit alors qu’une autre en arrache.

Nous présentons dans le graphique qui suit, la productivité et les coûts réels de main-d’œuvre du cycle 1990-2000 et 2016-2026.  Dans les 2 cas, nous constatons une progression fulgurante de la productivité.  Cependant, le cycle des années 90 comporte une hausse parallèle des coûts de main-d’œuvre.  À l’inverse, depuis 2021, malgré une productivité en hausse, les coûts de main-d’œuvre stagnent.  Il est difficile de quantifier avec précision l’impact de l’intelligence artificielle, mais elle est probablement importante.

Productivité et coûts réels de la main-d’œuvre (États-Unis) :

Que se passe-t-il dans l’économie lorsque la productivité augmente beaucoup plus vite que les salaires, les marges de profits augmentent.  C’est exactement ce qui se passe présentement, et pas seulement dans les grandes entreprises.  En effet, si on regarde les profits des entreprises dans les comptes nationaux américains, on constate que les profits des entreprises représentent 13,8% du PIB américain, un sommet en 80 ans. Les entreprises américaines sont en très bonne santé financière.

Profits des entreprises en proportion du PIB (États-Unis) :

Revenus fixes :

Peu à peu, les chaines d’approvisionnement commencent à sentir les effets de la guerre en Iran.  Le prix du pétrole a sensiblement monté, mais la hausse a été atténuée par l’utilisation des réserves stratégiques et des hauts inventaires en général.  Dans cette optique, il n’est pas surprenant de voir les prix à la production augmenter rapidement, comme en témoigne le graphique suivant.  Il est difficile d’évaluer les impacts sur l’inflation à moyen terme.  Ce n’est pas pour rien que la volatilité des taux d’intérêt est élevée.

Indice des prix à la production (États-Unis) :

À défaut de pouvoir bien modéliser l’inflation à court terme, la meilleure indication se trouve dans les marchés swaps sur l’inflation. 

Dans le moment, les anticipations à moyen terme sont contenues, comme en témoignent les graphiques suivants.  Le sommet de l’IPC aux États-Unis serait atteint en juin 2026 avec un taux annuel de 4,4%, et redescendrait par la suite à 2,6% en avril 2027.

Inflation implicite du marché des swaps (États-Unis) :

Les anticipations du taux directeur de la FED sont reparties à la hausse en mai.  La Fed devrait augmenter son taux directeur d’un quart de point d’ici juin 2027. 

Au Canada, où les taux sont 1,4% plus bas, les anticipations de taux pointent maintenant vers une hausse de 0,25% d’ici la fin 2026.

Taux d’intérêt implicites à court terme (États-Unis) :

À travers le monde, les taux d’intérêt à long terme (30 ans) atteignent des sommets depuis la crise de 2008.  Ceux-ci ne peuvent pas monter significativement davantage sans créer d’impact sur les marchés. À surveiller de près.

Taux d’intérêt à long terme (États-Unis) :

Marchés boursiers :

Les profits du S&P 500 ont été très solides dans la très grande majorité des secteurs.  Autant les ventes que les profits ont été solides.  Ce phénomène n’est pas seulement américain, on a pu l’observer partout dans le monde.

Croissance des ventes et des bénéfices des secteurs du S&P 500 (États-Unis) :

En analysant les rendements réalisés en 2026, on constate qu’ils proviennent majoritairement de la croissance anticipée des profits des entreprises.  La croissance des bénéfices (réalisée et anticipée) est tellement forte que les multiples baissent.  C’est tout l’inverse d’un marché exubérant qui paye toujours plus cher le même niveau de bénéfices. 

Ventilation du rendement boursier de 2026 – diverses régions.

À première vue, ces rendements semblent être soutenus par une fondation plus solide que simplement la spéculation.  Hélas, à mesure que les bénéfices croissent rapidement, il est parfois facile de se laisser emporter par l’optimisme.  Bref, les bénéfices prévus ne seront pas nécessairement réalisés.  On constate, dans le graphique suivant, que lorsque les anticipations de profits à long terme sont très élevées, les rendements sont médiocres l’année suivante.

Anticipations à long terme des profits des entreprises du S&P 500 :

À court terme, les signes d’euphorie se multiplient. Comme en témoigne le graphique suivant, l’augmentation de la pondération en actions a atteint un sommet en mai.  Pour leur part, la pondération en encaisse atteint un niveau généralement observé en surchauffe.  De plus, l’émission d’actions de la part de OpenAI, Anthropic et SpaceX risque d’alimenter cette euphorie.

Sentiment de marché des investisseurs (États-Unis) :

CONCLUSION :

Alors que le risque géopolitique, le pétrole et les taux d’intérêt sont élevés, il est étonnant de voir autant d’optimisme sur les marchés boursiers.  L’indice MSCI Monde a généré près de 12% en 2026.  Les opportunités se font plus rare en bourse. Un rééquilibrage (impliquant une prise de profits) vers les obligations serait approprié.

Frédéric Mercier CFA, SIPC

Directeur – Marchés financiers

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