
REVUE DES MARCHÉS FINANCIERS :
Après avoir célébré massivement l’élection de Donald Trump, les marchés boursiers se sont ressaisis en décembre. L’indice S&P 500 a chuté de 2,4%, tandis que la performance de l’indice TSX a été de -3,3%.
Ailleurs dans le monde, les bourses ont été légèrement positives, dont les marchés émergents (+1,2% de rendement).

Le dollar canadien a poursuivi sa chute, à la suite de la démission de la ministre des Finances Chrystia Freeland et de la baisse de 0,50% du taux directeur de la Banque du Canada. La FED a également abaissé son taux directeur, mais seulement de 0,25%.
Les taux canadiens d’échéance 10 ans ont progressé de 0,11%, engendrant une performance de -0,38% pour l’indice obligataire canadien.

PERSPECTIVES :
Économie :
Deux mois après l’élection de Donald Trump, on commence à observer son impact sur les données économiques et financières. Son impact sur la confiance des consommateurs est sans équivoque. Tout d’abord sur la confiance des petites entreprises (NFIB). Le bond de la confiance en décembre correspond au sommet des 44 dernières années. Par la suite, au niveau des ménages, la confiance a également explosé. Tout ça est positif pour la croissance économique.
Indices de confiance à la suite de l’élection de Trump (États-Unis) :

Au niveau des taux d’intérêt, la prime pour détenir des obligations de plus longue échéance, telle que 10 ans, est de retour à leur sommet en 10 ans. Les investisseurs commencent à s’inquiéter du déficit américain (environ 6% du PIB). C’est une bonne nouvelle pour les investisseurs, mais pas pour l’économie.
Prime de détention des obligations 10 ans (États-Unis) :

La demande totale de prêts remonte graduellement et se situe près de la moyenne avant la pandémie. Les conditions de crédit se maintiennent près de leur moyenne. Cela témoigne d’une économie qui reprend de la vigueur après le choc pandémique.
Conditions de crédit et demande totale de prêts (États-Unis) :

Le marché de l’emploi continue de perdre des plumes. Lors du dernier sondage ISM manufacturier, seulement 7% des industries rapportaient une croissance de l’emploi. On se rapproche du niveau des 2 dernières récessions. Heureusement, la faiblesse de l’emploi arrive souvent à la dernière manche d’un ralentissement ou d’une récession.
Indice ISM emploi – % des industries en croissance (États-Unis) :

C’est dans le secteur de la construction que c’est faiblesse est la plus évidente. Ce rééquilibrage est sain dans une économie qui veut progresser de manière soutenable.
Offres d’emplois en Construction (États-Unis) :

Une des ombres au tableau est l’économie chinoise. Leur économie surendettée frôle la déflation. Les autorités monétaires sont proactives, mais ils ne peuvent pas régler les fondements du problème. La production industrielle mondiale pourrait être sous-pression en 2025.
Croissance de la masse monétaire de la Chine et production industrielle mondiale :

Revenus fixes :
La composante de l’inflation qui a empêché l’indice des prix de revenir à la normale est celle du logement. Cette composante est revenue à son niveau prépandémie, comme on le constate dans le graphique suivant.
Composantes logement de l’inflation (États-Unis) :

De plus, les indicateurs avancés de cette composante nous informent que la baisse de la croissance de cette composante devrait se poursuivre dans les prochains trimestres.
Indicateur avancé de l’IPC logement (États-Unis) :

À mesure que l’inflation baisse, les taux d’intérêt réels montent ! Malgré les baissent du taux directeur, la politique monétaire demeure très restrictive. Pourquoi maintenir des taux aussi élevés quand le problème de l’inflation est presque résolu. De plus, la force du dollar limite l’inflation des produits importés et Trump ne se gênera pas pour mettre de pression pour baisser les taux.
Politique monétaire (États-Unis) :

Si l’on regarde les cycles passés de baisses du taux directeur américain, on constate que 2024 a été la pire année en termes de performance pour les obligations 10 ans. Tous les cycles ont leur propre dynamique, mais ça demeure un autre élément qui pointe dans la direction que ceux-ci ont monté trop fortement.
Rendement des obligations lors des cycles de baisses de taux (États-Unis) :

Il est maintenant prévu que la FED baissera ses taux de 0,50% en 2025. Loin des 1,5% prévus en septembre. La FED déteste quand le marché s’emballe d’un côté ou de l’autre et n’hésite pas à intervenir en modifiant son discours. Il y a fort à parier que les anticipations de baisses de taux augmentent à nouveau dans les prochains mois.
Taux d’intérêt implicites à court terme (États-Unis) :

Marchés boursiers :
Les marchés boursiers ont corrigé un peu en décembre, mais l’euphorie reste bien implantée. Les attentes de rendement sont à leur sommet en 35 ans.
Attentes de rendement du marché des actions américaines :

La surpondération en actions est à son sommet et la sous-pondération en encaisse également. Il reste encore du chemin à faire avant de retrouver un marché équilibré.
Pondérations en actions et en encaisse (États-Unis) :

Les Mag7 continuent de progresser (+4,9% en décembre) mais l’indice S&P 500 équipondéré a chuté de 6,44%. Cet indice se transige présentement à un ratio légèrement supérieur à son historique. Il est désormais possible d’acheter des grandes capitalisations américaines à un prix raisonnable.
À la fin décembre, à l’exception du S&P 500 et des Mag7, les divers marchés en Europe, Asie et les marchés émergents se transigent tous à des niveaux de valorisation raisonnables.
Ratio cours / bénéfices à travers le monde :

La remontée récente des taux d’intérêt 10 ans fait en sorte que les obligations demeurent intéressantes dans un portefeuille. Dans le graphique suivant, on constate le lien étroit entre les taux d’intérêt et le ratio cours-bénéfices des actions. On constate également qu’une divergence notable subsiste entre ces deux classes d’actif. Les actions sont chères au niveau de taux actuel.
Ratio cours / bénéfices des actions américaine et taux 10 ans :

CONCLUSION :
Avec la hausse récente des taux d’intérêt, les obligations demeurent très attrayantes (particulièrement aux USA) en termes de rendement /risque. Cependant, le marché des actions (en général) devient de plus en plus abordable. La stratégie demeure d’utiliser la volatilité des marchés, afin d’acquérir des titres de qualité à une valorisation fondamentale raisonnable.
Frédéric Mercier CFA, SIPC
Directeur – Marchés financier