
REVUE DES MARCHÉS FINANCIERS :
Le mois de février a été caractérisé par un changement de leadership boursier. Les titres (technologiques par exemple) qui faisaient monter les indices sous-performent. Les titres et les secteurs défensifs sont ceux qui performent le mieux. Nous y reviendrons.
Les marchés boursiers nord-américains ont terminé en baisse, alors que les performances ont été positives en Europe et en Asie.

Les craintes de ralentissement mondial, causées par les menaces tarifaires du président Trump, donnent de l’oxygène aux marchés obligataires mondiaux. La baisse des taux 10 ans a été généralisée à travers le globe. Les taux canadiens d’échéance 10 ans ont reculé de 0,17%, engendrant une forte performance de 0,99% pour l’indice obligataire canadien en février, et de 2,21% en 2025.

PERSPECTIVES :
Économie :
Les tarifs douaniers et le DOGE (département d’efficacité gouvernementale de Elon Musk) ont été sur toutes les lèvres en février. Les économistes en concluent qu’il en résultera un modeste choc stagflationniste. La firme de gestion Apollo a calculé un impact de –0,5% sur le PIB de 2025 et de +0,2% sur l’inflation.
Impact des tarifs douaniers et du programme d’efficacité gouvernementale DOGE (États-Unis) :

Malgré l’incertitude actuelle, la confiance des présidents d’entreprises a fortement augmenté récemment. Ce niveau de confiance se situe fortement au-delà de la moyenne historique.
La confiance est un des moteurs de l’économie. Lorsque les dirigeants d’entreprise sont confiants, ils investissent davantage dans l’économie et le PIB croît plus rapidement. En fait, la confiance des présidents d’entreprises est un indicateur avancé (de quelques trimestres) de l’ISM, du PIB, de l’investissements et même du S&P 500. C’est encourageant pour la suite.
Indice de confiance des présidents d’entreprises (Conference Board) et ISM (États-Unis) :

Les annonces de coupures de postes des entreprises du S&P 500 continuent de ralentir rapidement. Elon Musk et son département d’efficacité gouvernementale peut couper des postes et faire les manchettes, mais il faut se rappeler que le secteur privé compte pour environ 90% des emplois aux États-Unis.
Pertes d’emploi des entreprises du S&P 500 (États-Unis) :

L’année 2024 a débuté avec une majorité de banques centrales en mode restrictif. Actuellement, c’est tout l’inverse, près de 50% sont dans une phase de baisses de taux. Les baisses de taux prennent un certain temps avant de percoler dans l’économie réelle. Avec toutes ces baisses de taux, il est permis d’être optimiste quant au cycle de production manufacturière.
Proportion des banques centrales en mode d’assouplissement et indice manufacturier mondial :

Le prix des denrées industrielles est un indicateur avancé de la production industrielle mondiale. Cet indicateur progresse dans la bonne direction et nous donne le même signal que le graphique précédant.
Croissance des prix des denrées industrielles et production industrielle mondiale :

Au moment d’écrire ces lignes, les tarifs de 25% sur les biens canadiens devraient entrer en vigueur le 4 mars. C’est dommage que nous en sommes rendus là, compte tenu de son illogisme économique. Peut-être que la baisse de la bourse réveillera Trump, possiblement. Or, dans le graphique qui suit, on constate que les 2/3 des importations américaines sont des intrants pour les entreprises américaines, c’est catastrophique pour elles. Il y a fort à parier que ce sont les dirigeants d’entreprises qui convaincront Trump d’enlever les tarifs généralisés.
Parts des importations américaines destinés aux produits intermédiaires et à la consommation :

Revenus fixes :
Les indices des prix payés des manufacturiers régionaux remontent peu à peu. Cela signifie que l’inflation semble vouloir se stabiliser vers 2,5% aux États-Unis. La composante logement continue sa progression à la baisse, alors que les autres composantes remontent peu à peu.
Indice des prix payés des indices manufacturiers régionaux et ISM prix payés (États-Unis) :

Les effets de l’après-pandémie s’estompent et les pressions inflationnistes reviennent à la normale. Le graphique suivant provenant d’Europe est plutôt évocateur. La BCE suit la croissance des salaires dans les conventions collectives. Or, on constate que les salaires convenus sont en forte baisse. Ces baisses seront reflétées dans les statistiques de l’année prochaine.
Croissance des salaires de la Banque centrale d’Europe et salaires négociés (Europe) :

En analysant l’indice d’inflation favori de la FED, l’indice des prix des biens de consommation personnelle de base, on constate une stabilité de la croissance des prix depuis 6 mois.
Indice des prix des biens de consommation personnelle de base (États-Unis) :

Avec une inflation stable, près de la cible, la Fed pourra continuer d’abaisser son taux directeur cette année. Une baisse de 0,70% en 2025 est actuellement prévue par les intervenants de marché.
Taux d’intérêt implicites à court terme (États-Unis) :

Marchés boursiers :
Avec le recul, on constate que la dynamique de marché a récemment changé. Cette rotation est saine et permet au marché de continuer de progresser.
Que se passe-t-il?
Les gestionnaires professionnels ont commencé à délaisser les gros titres de croissance (Mag7), alors que les investisseurs de détail continuent d’y investir. L’écart de performance entre les Magnificent 7 et le S&P 493 est près de 10% en 2025.
Performance des Magnificent Seven et le S&P 493 (États-Unis) :

Le lancement de Deep Seek a été le catalyseur qui a propulsé les titres technologiques chinois dans la stratosphère. Ces titres étaient négligés et fortement sous-évalués versus leurs comparables américains.
Performance des Magnificent Seven et des Terrific Ten (Chine):

La faible performance relative des Mag7, par rapport au S&P 500 en 2025, a amené la valorisation de ces titres (sur une base relative) dans le bas des 10 dernières années. Que dire du Bitcoin, il est en baisse de 25% de son sommet historique.
Évaluation relative des Magnificent Seven et des titres de grandes capitalisations américaines :

On constate également un intérêt nouveau pour les titres asiatiques et européens. Les titres boudés de tous, comme les producteurs d’or, génèrent également un intérêt soudain. Ces entreprises sont pourtant très peu chères et offrent des marges de profits à leur sommet en 20 ans.
La logique et les fondamentaux finissent toujours par revenir sur les marchés, il faut simplement être patient.
Évaluation des titres de production d’or :

Ce changement de leadership sur le marché boursier s’effectue dans un environnement d’aversion au risque marquée. Les investisseurs de détail sont en mode panique. Le niveau de pessimisme atteint des niveaux rarement atteint en 40 ans !
Sentiment des investisseurs de détail en regard du marché boursier américain :

CONCLUSION :
Le panique que nous observons présentement sur les marchés boursiers est une excellente occasion d’acquérir des titres de qualité à une valorisation fondamentale attrayante. Les primes de risque sur les obligations demeurent également attrayantes.
Frédéric Mercier CFA, SIPC
Directeur – Marchés financier