
REVUE DES MARCHÉS FINANCIERS :
En observant les performances du mois, on serait tenté de croire que nous venons d’assister à un mois tranquille. Rien n’est aussi loin de la réalité observée. Le 2 avril fût proclamé le jour de la libération par Donald Trump. Un chaos boursier s’en est suivi. Au plus bas du mois, le S&P 500 perdait près de 14%, pour terminer à -0,7%. Le pétrole a chuté de plus de 18% et le cuivre de -8,3%. Dans ce contexte d’incertitude extrême, l’or continue de bien performer, avec une progression de 5,4%.

La volatilité s’est également emparée du marché des titres à revenu fixes. En l’espace de 10 jours, le taux d’intérêt d’échéance 10 ans du Gouvernement américain a baissé de 0,50%, avant d’en reprendre 0,60%. Au Canada, ce taux a progressé de 0,12%, engendrant une performance de -0,61% pour l’indice obligataire canadien.

PERSPECTIVES :
Économie :
Les marchés financiers et les banques centrales ont beaucoup de difficulté (avec raison) à évaluer les impacts de cette guerre tarifaire. C’est pour cette raison que la volatilité est démentielle.
Essayons de s’y retrouver.
N’oublions pas que l’impact des évènements actuels aura lieu dans 1 à 3 trimestres.
Dit autrement, l’état actuel de l’économie est le reflet de ce qui s’est passé il y a 6 mois.
Les baisses de taux auxquelles nous avons assisté en 2024 et début 2025 ont un effet positif sur l’activité économique, mais avec une certaine volatilité.
Variations des taux d’intérêt 10 ans et ISM Manufacturier (T+14) (États-Unis) :

Au départ, l’élection de Trump avait insufflé un niveau impressionnant d’optimisme de la part de la communauté d’affaires. C’était le bon temps d’investir dans leurs entreprises, l’inflation était contrôlée et la FED baissait progressivement ses taux.
Le virage en U des gens d’affaires a été impressionnant en mars-avril. Le graphique qui suit est très informatif.
En début d’année, les nouvelles commandes explosaient, mais pas les inventaires. La production manufacturière a donc été stimulée. Les inventaires ont par la suite explosé, mais les nouvelles commandes ont chuté drastiquement. L’indice ISM manufacturier continuera d’être sous pression à brève échéance.
Nouvelles commandes de biens (en excédant des inventaires) et ISM Manufacturier États-Unis) :

Le consensus des économistes table maintenant sur une baisse de la croissance du PIB et une hausse de l’inflation pour 2025. Un des pires scénarios économiques possible. La FED se retrouve dans une position très difficile, en plus des critiques continues du Président. Normalement, la FED va monter ses taux si une demande excédentaire fait monter les prix. Dans le cas d’un choc d’offre (hausse de taxe), la politique monétaire n’a pas d’impact. De plus, à moins d’une hausse constante des tarifs, l’effet sur les prix devrait être ponctuel.
Consensus de la croissance du PIB et de l’inflation de base pour 2025 (États-Unis) :

La bonne nouvelle, c’est que Trump peut renverser sa guerre tarifaire quand bon lui semble. C’est un choc sur l’économie, mais il a le contrôle. Ce n’est pas une catastrophe naturelle où l’on ne peut rien faire. Il serait surprenant que ça dure longtemps. Trump a déjà commencé à reculer.
Un sondage récent de la Réserve Fédérale de Dallas nous informe sur les stratégies des entreprises américaines en lien avec les tarifs :
- 76% vont refiler la facture aux consommateurs
- Seulement 11% vont rapatrier de la production aux États-Unis.
Plan d’actions des sociétés américaines dans la guerre tarifaire. Sondage de la Réserve Fédérale de Dallas :

Les probabilités de récession augmentent de jour en jour.
Probabilité de récession aux États-Unis en 2025 :

Lors de la dernière mise à jour des indices ISM en mai, le sous-indice de production a atteint 44. Or, depuis 1990, une lecture en deçà de 45 est toujours associée à une récession.
Comme nous le mentionnions lors de la dernière revue des marchés, tout le monde y perd dans une guerre tarifaire. Les entreprises sondées par l’ISM ne semblent pas voir de bénéfices sur le terrain, bien au contraire.
Indice ISM Production manufacturière et récession (États-Unis) :

Les entreprises manufacturières ne voient pas non plus de bénéfices en bourse également. Comme en témoigne le graphique suivant, leurs entreprises sous-performent largement les actions mondiales hors-États-Unis. L’écart de performance est de près de 12%.
Rendement boursier des entreprises manufacturières américaines et des actions mondiales hors É-U :

Revenus fixes :
À court terme, les tarifs ne peuvent qu’avoir des impacts négatifs sur l’inflation américaine. De plus, la faiblesse du Dollar US rend les importations plus dispendieuses. À peu près tous les indicateurs avancés pointent vers une hausse des prix. Rien de l’ampleur de 2021 et 2022, mais tout de même une hausse de 3 à 3,5%.
Sondages manufacturiers régionaux, Indice des prix payés (États-Unis) :

Cependant, les pressions salariales demeurent contenues. La bonne nouvelle est que l’indice des prix des producteurs de services (indicateur avancé de l’inflation des services) continue de descendre et a atteint 2,3% (annualisé) au cours des 6 derniers mois. Nous sommes de retour au niveau qui prévalait avant la pandémie.
Les anticipations de baisses de taux de la FED ont peu bougé depuis 1 mois. Une baisse de 0,72% du taux des fonds fédéraux est actuellement prévue par les intervenants de marché en 2025.
Taux d’intérêt implicites à court terme (États-Unis) :

Le niveau d’incertitude qui prévaut actuellement rend les investisseurs plus nerveux. A cet effet, les primes de risque de crédit des sociétés demeurent élevés. À l’heure actuelle, un portefeuille diversifié de grandes sociétés américaines de qualité (d’échéance d’environ 7,5 ans), procure un rendement annuel de 5,25%. Cela est intéressant pour les épargnants.
Taux d’intérêt des obligations de sociétés américaines de qualité :

Marchés boursiers :
Le moins que l’on puisse dire est que le marché boursier a été sanglant en avril. La panique boursière a permis aux investisseurs disciplinés d’aller à la chasse aux aubaines en avril. Peu importe la qualité des titres, tous ont été emportés par la tornade Trump. C’est le meilleur moment d’acquérir des titres de haute qualité à bas prix. Un niveau élevé de pessimisme demeure, mais il se dissipe peu à peu avec la hausse des marchés.
Positionnement global des investisseurs (États-Unis) :

Les bénéfices prévus (2025) ont été revus à la baisse, mais ils semblent se stabiliser. La croissance annuelle prévus était très optimiste.
Bénéfices prévus pour 2025 du S&P 500 :

Les profits prévus étaient optimistes, mais pas autant que les prix des actions aux États-Unis. Grosso modo, la croissance d’un indice est parallèle à celle de la croissance de ses bénéfices. Dans le graphique suivant, on voit que depuis 2 ans, il y avait une divergence notable entre les prix des actions et des bénéfices prévus. Les 2 courbes sont redevenus assez proches récemment.
Bénéfices prévus des 12 prochains mois et indice S&P 500 (États-Unis) :

Les ratios d’évaluations ont fortement baissé (Ratio sur les profits des 12 prochains mois) aux États-Unis, mais demeurent tout de même supérieur à la moyenne des 20 dernières années. En Europe, en Asie et dans les marchés émergents, nous sommes en deçà de la moyenne historique.
Ratio Price / Earnings (PE) des divers marchés boursiers :

CONCLUSION :
Nous demeurons à l’affut des opportunités d’achats qui se présentent en temps de panique. Il est de mise de maintenir les portefeuilles bien diversifiés, géographiquement et avec des titres à revenu fixe.
Frédéric Mercier CFA, SIPC
Directeur – Marchés financier