
REVUE DES MARCHÉS FINANCIERS :
Fidèle à son habitude récente, Donald Trump a continué d’injecter de la volatilité boursière en mai. Cette fois-ci, les rendements ont été particulièrement élevés. En effet, la bourse américaine a généré un rendement de 6,3%, tandis que l’indice S&P/TSX a crû de 5,6%. Les décisions du Gouvernement américain en lien avec les tarifs douaniers mondiaux sont pratiquement impossibles à suivre. Néanmoins, les investisseurs avertis ont trouvé un moyen d’en profiter avec la stratégie TACO (Trump Always Chickens Out).

Les investisseurs achètent lorsque Trump fait baisser le marché (en annonçant des tarifs) et revendent quand les marchés rebondissent lorsqu’il retarde ou abandonne des tarifs. Les marchés boursiers internationaux et émergents ont également livré des performances positives, soient 4,7% en Europe/Asie et 3,1% pour les marchés émergents.

Les taux d’intérêt ont été sous-pression pendant le mois, avec la décote de la dette américaine, ainsi que de l’explosion des taux au Japon. Les taux d’intérêt d’échéance 10 ans du Gouvernement du Canada ont progressé de 0,11% en mai. La performance de l’indice obligataire canadien été de 0,04%, sauvée par les titres corporatifs (+0,58%).
PERSPECTIVES :
Économie :
Lors de sa dernière enquête sur la confiance des présidents d’entreprises à la mi-mai, le Conference Board rapporte un effondrement de son indice de confiance. Nous sommes de retour à son niveau pandémique.
Cela n’augure rien de bon pour la suite. Trump sabote lui-même son économie. 83% des répondants anticipent une récession d’ici 12 à 18 mois. Avec une perspective aussi glauque, il n’est pas surprenant de voir qu’ils décident de réduire leurs investissements en capital et de freiner l’embauche.
Enquête sur la confiance des présidents d’entreprises (États-Unis) :

Historiquement, cette enquête est un indicateur avancé de plusieurs éléments de l’économie, dont :
- l’investissement des entreprises (3 trimestres)
- le produit intérieur brut (3 trimestres)
- les profits des entreprises (1 trimestre)
- le rendement du S&P 50 (1 trimestre)
- l’indice ISM Manufacturier (3 trimestres), voir le graphique qui suit :
Enquête sur la confiance des présidents d’entreprises et indice ISM (États-Unis) :

Bref, jusqu’à présent, Trump a semé un ralentissement de l’économie. Il peut amender ses politiques, mais plus il attend et plus ces données de sondages deviendront la réalité dans quelques trimestres.
De son côté, le marché de l’emploi se détériore peu à peu. Les demandes de prestations d’assurance emploi sont en progression par rapport aux dernières années, comme en témoigne le graphique qui suit.
Demandes totales d’assurance-emploi (États-Unis) :

Au Canada, la situation de l’emploi est encore moins reluisante. En effet, les industries où l’emploi est en progression est à un niveau similaire à 2008 et 2020, des années de récessions.
Pourcentage des industries où l’emploi est en progression (Canada) :

Revenus fixes :
La décote de la dette américaine par la firme Moody’s a fait beaucoup jaser. Il faut savoir que la dette avait déjà été décotée en 2011 (S&P) et 2023 (Fitch) et que Moody était en retard. Ce qu’il faut savoir est que la dette américaine se négociait déjà un niveau inférieur à la nouvelle cote de Moody’s (AA+).
Cote de crédit implicite des États-Unis :

Au moment où l’on se parle, la dette américaine se négocie à des taux similaires à ceux de la Grèce et de l’Italie, soit BBB +. Cela est probablement une réaction exagérée à court terme, mais les États-Unis ont un problème de dette et l’imprévisibilité de Trump peut effrayer certains investisseurs.
Credit default-swap et cote de crédit de divers pays:

Les chiffres d’inflation continuent dans la bonne direction, autant les biens que les services. L’indice d’inflation le plus surveillé de la FED est celui sur les produits de consommation (PCE). L’indice PCE de base a crû de 2,5% en avril par rapport à 2024. Quant à lui, l’indice PCE total a progressé seulement de 2,1%.
Inflation des produits de consommation (PCE) (États-Unis) :

Cela donne des munitions à la FED pour diminuer son taux directeur.
Les anticipations de baisses de taux de la FED ont chuté en mai. Une baisse de 0,48% du taux des fonds fédéraux est actuellement prévue par les intervenants de marché en 2025 et de 0,84% dans les 12 prochains mois.
Taux d’intérêt implicites à court terme (États-Unis) :

Marchés boursiers :
Les chasseurs d’aubaines ont fait monter les marchés en mai.
La bonne nouvelle est que les bénéfices des sociétés continuent de progresser malgré l’incertitude. Les marges de profits atteignent même des records partout sur la planète.
Marge de profits des différentes régions :

La moins bonne nouvelle est que l’indice S&P 500 est de retour à une valorisation élevée d’avant la panique d’avril. Il est passé de 22 à 18, pour revenir à 21.
Ratio Cours/bénéfices du S&P 500 :

L’euphorie est de retour après la panique du jour de la libération.
Indicateur d’euphorie et de panique (États-Unis) :

Bien qu’ils aient augmenté, les évaluations en Europe-Asie demeurent raisonnables.
Ratio Cours/bénéfices de l’indice EAEO (Europe – Asie)

CONCLUSION :
Les 2 derniers mois ont été parfaits pour les investisseurs opportunistes en actions. Les aubaines se font plus rares et les taux d’intérêt sont plus juteux. Nous demeurons à l’affut des opportunités d’achats qui se présentent en temps de panique. Il est de mise de maintenir les portefeuilles bien diversifiés, géographiquement et avec des titres à revenu fixe.
Frédéric Mercier CFA, SIPC
Directeur – Marchés financiers